Le tarif horaire d’un artisan n’est pas son salaire…

Le tarif horaire d’un artisan n’est pas son salaire…

gagner-argent

Je découvre sur le site habitatpresto.com le tarif 2017 des artisans du bâtiment en France. Un tarif moyen qui, je pense, doit se rapprocher de ce qui se pratique en Belgique. Un peintre demande ainsi, pour sa seule main d’œuvre (fournitures en plus, bien sûr) 20 à 45€ de l’heure hors TVA, un plombier 30 à 60€, un couvreur 45 à 70€, un électricien 30 à 50€, un maçon 40 à 65€ et un menuisier 40 à 70€. Et un ébéniste ? Sur le site de quelques confrères jouant la transparence, je découvre qu’ils comptent leurs heures à 50€ HTVA. J’aimerais pouvoir en faire autant, même si ces sommes ne sont pas astronomiques, loin s’en faut.

Je vous entends dire, après un bref calcul mental de ce que représente, à ce tarif, une journée de sept heures trente : « Ils ne s’emm… pas, dis donc ! Si je gagnais ça sur une journée, moi… »

Mais vous êtes-vous déjà demandé ce que coûtait à votre patron une heure de votre travail salarié? La réponse est simple : pas loin de 2,5 fois plus que ce que vous percevez en « net ».

Voyons ça de plus près. Si vous touchez pour votre travail un salaire net de, mettons, 2.000€ par mois (pour 22 jours de travail en moyenne), cela fait 90,90€ par jour, pour 7,5h de travail, soit 12,12€ net de l’heure. Pas gigantesque, ça, hein, comparé à ce que vous demande le peintre venu rafraîchir votre cage d’escalier…

Mais pour vous payer ces 2.000€ net, votre patron a dû débourser quelque 50% de plus (soit 1.000€), pour pouvoir verser, à votre place, votre part de cotisations de sécurité sociale et votre précompte professionnel (une avance sur vos impôts). Le tout constituant votre salaire brut de 3.000€/mois, soit environ 18,18€ brut de l’heure.

Ce n’est pas tout ! On l’oublie souvent : le patron paie aussi, en plus de ce salaire brut, « sa » part de vos cotisations sociales. Soit environ 30% de votre salaire brut en sus. Ainsi alourdie, la facture mensuelle s’élève donc pour lui à environ 3.900€/mois, soit un coût horaire de 23 ,63€. Quasi le double de votre « net »…

Et ce n’est pas encore tout. Il faut ajouter à cela une provision pour les congés payés, pour le « 13e mois » ou la prime de fin d’année, plus, pour certains, une assurance de groupe, une assurance hospitalisation, sans parler de la simple assurance accidents du travail souscrite pour payer tous vos soins et vous assurer un revenu en cas d’incapacité…

Bref, pour 90€ que vous empochez pour votre journée de travail, il en coûte ainsi facilement 200 à 230 à votre patron, soit près de 30€ de l’heure. Un patron qui a, par ailleurs, très logiquement, dû financer l’achat de l’ordinateur ou des machines sur lesquelles vous travaillez et paie, mois par mois, les consommables que vous utilisez, vos éventuels frais de déplacements, sans oublier le loyer de votre lieu de travail et ses consommations (électricité, chauffage, téléphonie et internet,…). De quoi alourdir considérablement la facture finale.

Le petit indépendant qui travaille seul, lui, doit s’acquitter de toutes ces dépenses avant de songer à s’accorder un salaire. Voilà pourquoi, sans doute, quand on est de l’autre côté de la barrière (celui du salarié), on estime parfois un peu vite que tel indépendant auquel on fait appel abuse au niveau des prix ou de son tarif horaire. Surtout quand il faut ajouter à son travail la TVA de 21%, qui, elle, ne revient pas audit indépendant mais à l’Etat, auquel il est tenu de la reverser tous les mois…

« Quoi ! Cent euros pour ça ? Mais c’est ce que je gagne sur une journée ! » On ne compare pas des pommes à de la compote ! Chaque heure qu’il preste, un indépendant doit se la payer comme un patron paierait l’un de ses employés ou ouvriers (cotisations sociales, précompte, provision pour congés payés, etc.), en n’oubliant pas de couvrir également ses frais fixes (loyers, machines à amortir, consommations, assurances,…).

Gardez cela à l’esprit, la prochaine fois que vous demanderez un devis à un artisan ou à un réparateur. Bien sûr, il y a des profiteurs. Mais la majorité des petits indépendants peinent à se verser le salaire de leurs heures de travail…

6 réflexions sur “ Le tarif horaire d’un artisan n’est pas son salaire… ”

  1. Tout à fait vrai. L employé ou l ouvrier oublié souvent tous les frais qu il incombe au patron. Par fous même, le patron ne sait pas se payer don propre salaire.

  2. Bonjour, c’est tout à fait vrai. Etant moi-même artisan je vos confirme que mes charges son également exorbitantes. Je conseil par ailleur de prendre en compte les comparateurs d’assurances en ligne afin de dénicher le meilleur contrat pour les professionnels.

  3. Bonjour,

    Dans votre comparatif on en reste malgré tout à 30€/h pour un salarié qui gagne 2000€/mois (ce qui déjà n’est pas dégueulasse comme salaire) versus l’artisan à … 50€/h…sans la TVA qui plus est… et encore j’ai quelques doutes là-dessus quand je vois que le dernier artisan en date m’a facturé 150€ pour 30 min de boulot (5 min de travail effectif+25 min de parlotte) sans consommable (et d’après l’assurance ce n’est pas cher par rapport aux autres)…
    De plus j’aimerais ajouté que les frais liés à l’achat du matériel (les ordinateurs, etc.) dont vous parlez sont déductibles des impôts.

    Il y a aussi autre chose dont on parle moins c’est la marge des artisans sur le matériel qu’ils fournissent. Bizarrement ils aiment beaucoup faire x2 et aiment beaucoup moins quand on veut leur faire acheter sur internet où on est moins cher et où le client connait le vrai prix que ça aurait couté. En général on est prié d’aller voir ailleurs si on n’accepte pas le devis les yeux fermés. Une vraie mafia.

    J’ai eu à faire à beaucoup d’artisans (élec, plombiers, carreleurs, couvreurs, etc.) et clairement, si leur marge n’était pas démentielle, ils refusaient le chantier. Ils ne prennent même plus la peine de faire un devis ni même de répondre quand il s’agit d’un petit chantier laissant ainsi de nombreux particuliers dans la merde. L’artisanat mériterait un code de déontologie.

    1. Bonsoir,
      Je n’ai jamais prétendu que certains artisans ou personnes se présentant comme telles n’abusent pas au niveau du tarif horaire. Il ne faut toutefois pas oublier le temps qu’ils ont pu passer en déplacement, lorsqu’ils se déplacent chez vous pour effectuer un travail.
      Certains, sans doute, font aussi un peu de profit sur le matériel fourni, comme vous le soulignez. Mais ne mettons pas tous les artisans dans le même sac! En ce qui me concerne, je ne prends pas un centime sur le prix des marchandises mises en œuvre dans mes créations et, pour ce qui est de la main d’œuvre, je compte rarement toutes les heures passées sur une création, sous peine de la voir devenir invendable… Ainsi, par exemple, pour un luminaire en olivier vendu à 150€ TVAC, une fois déduite la TVA (30€) et les achats (20 à 30€ selon les cas), il reste tout au plus 90 à 100€ brut pour rémunérer ma main d’œuvre, ce qui représente au final 45 à 50€ de salaire en poche ou l’équivalent de 4 heures de travail. J’estime que ce n’est pas volé. Quand on me demande un devis pour le relooking d’un meuble, j’avoue que j’ai parfois peur de répondre. En comptant les heures que je vais y passer, je vois s’alourdir le devis et je suis tenté de « tricher »… en faveur du client, en oubliant quelques heures!

  4. La grosse majorité des artisans ne sont pas des arnaqueurs.
    Le temps passé sur le chantier est dans le meilleur des cas 60% du temps réellement travaillé.
    – tu fais tes comptes (meme si tu as un comptable)
    – tu répond au telephone, tu prends des rendez-vous
    – tu fais des devis et donc des visites, déplacement, redaction etude de prix…
    – tu fais des achats…donc temps chez tes fournisseurs, déplacement,
    – tu fais du commercial, donc prospection, rendez-vous…
    – tu te rends à des réunions de chantier avec d’autres corps de metier… idem déplacements, temps passé…
    – tu rédige tes factures/devis
    – tu entretiens ton materiel, camion, lavages, rangement (sinon c’est la cata)
    – devis mal chiffré ou pépin pendant un chantier qui dure plus longtemps que prévu.
    – jours ou tu est bléssé ou malade ou autre souci perso= pertes sèches (sauf si assuré et encore)

    Ensuite un camion ça vaut dans les 30k€HT , l’entretien régulier, controles, assurance, PV, stationnement, péages, radar…

    Le materiel ça s’use + pertes diverses

    Et je ne parle meme pas des autres charges générales, loyers, taxes et impôts divers, charges sociales, mutuelle, assurance perso (en cas de maladie ou accident l’artisan n’est couvert sauf ) assurances décennale et RC….

    Au final, si tu ne veux pas fermer au bout de 2 ans, il faut un tarif horaire raisonnable (genre 50/60€HT) bien marger sur la marchandises, faire 50h par semaine et prier que tu ne te blesse pas ou tombe malade.
    Et 50h c’est 25h sur le chantier et 25h pour le reste!

    Je ne suis pas à plaindre mais je ne roule pas sur l’or.

  5. Une précision par rapport à un commentaire émanant d’une personne manifestement peu au courant des notions de base de la comptabilité analytique : l’amortissement des investissements (et non les « frais d’achats ») n’est pas « déductibles des impôts », mais du résultat imposable…légère nuance.

    Sinon, toujours surpris de ces gens qui, constatant que tel ou tel réalise des marges « démentielles » continuent pourtant de partir tous les matins pour un travail probablement très difficile et fort mal rémunéré, quand il leur serait beaucoup plus simple de devenir artisan dans le bâtiment et d’y faire fortune.

    Masochistes, ou hypocrites ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *